Tedi

Deutsch (DE-CH-AT)Italian - ItalyJapanese(JP)Russian (CIS)Albanian-AL简体中文(中国)Español(Spanish Formal International)English (United Kingdom)



Bela Bartok et Bach pour violon seul

CD-Bartok-Bach-ASur le choix du répertoire

Il m’a longtemps paru surprenant de rencontrer auprès de musiciens ou de mélomanes une sorte de prédilection affichée pour la sonate de Béla Bartók. Etudiants ou musiciens amateurs rêvant de la jouer sans en avoir les moyens techniques, mélomanes donnant l’impression de l'écouter tout les jours en

 

  prenant leur petit déjeuner ou de la siffler sous leur douche, tous l’évoquaient avec une familiarité enthousiaste qui me laissait perplexe.

 

Bien que la fréquentant depuis de nombreuses années, l’œuvre me demeurait mystérieuse et la facilité avec laquelle ils semblaient en gouter les moindres nuances ne manquait pas d’éveiller en moi une jalousie teintée d’incrédulité. En la jouant il me semblait y saisir un sens, un ordre profond, qui s’évaporait avec la fin de son exécution. Ce sentiment d’écart entre la possession de l’œuvre durant son interprétation et une opacité  qu’elle retrouvait de plus belle aussitôt après n’a fait que se creuser au fil des ans. Pour me sentir l’assurance de la programmer en concert, ou d’en envisager l’enregistrement, je devais faire l’effort de me remémorer ces instants de fugitive et intense lucidité.

Il n’en demeurait pas moins que la conscience d’avoir entre les mains un chef d’œuvre absolu de la musique, l’unique pièce pour violon seul capable de ne pas démériter face aux sonates et partitas de Bach, s’était assez vite établie en moi suite à l’étude de l’œuvre, d’abord pour les besoins du concours Sarasate en 1993 lors duquel le 1er mouvement constituait l’une des pièces imposées, puis au fil de son exécution intégrale dans divers récitals de violon seul.

Bien des années plus tard, lorsque je commençai à projeter l’enregistrement d’un disque autour de cette Sonate, je me suis très vite heurté à la difficulté du choix des œuvres qui dans le C.D. feraient écho à la pièce. Je songeais aux « contrastes » du même compositeur mêlés à d’autres œuvres plus contemporaines de musique de chambre, mais mêler le langage d’un groupe instrumental ou d’un duo violon-piano à celui, si particulier du violon seul, me paraissait peu naturel, fût ce en demeurant dans une unité de style ou d’époque. Après bien des hésitations, la Fantaisie et fugue pour orgue de Bach BWV 542, une œuvre qui dès la première écoute m’avait fasciné, s’imposa à moi au fil du travail de transcription dans lequel je m’étais aussitôt engagé.

Premier accord identique, une majesté et une tension comparables, se développant au gré de dissonances et d’audaces harmoniques, introduisant des changements abrupts, suivis d’une fugue implacable, me semblaient se répondre à travers les siècles qui les séparent et permettre un éclairage différent des deux œuvres. Leur voisinage permettrait peut être entre autres d’atténuer l’opacité de l’œuvre de Bartók à laquelle je m’étais senti confronté.

Je m’avançai donc à enregistrer d’abord cette dernière, certain de tenir enfin mon programme, en attendant de peaufiner l’écriture et l’interprétation des autres morceaux du C.D., entièrement complété  finalement par mes propres transcriptions d’œuvres de Bach.

Mon choix de la deuxième transcription se porta volontairement sur une œuvre au caractère très différent. La suite pour clavecin BWV 822 me séduisit d’emblée avec sa très orchestrale ouverture  à la française, les influences italiennes, (Aria), ainsi que les autres danses racées qui la composent, proches également du baroque français. On n’est pas ici dans le même registre de grandeur et d’abstraction que dans les deux autres œuvres du CD, mais en présence d’un charme  et d’une intimité proches de l’humain, qui constituèrent également l’une des bases du travail de Bartók à travers ses nombreuses études de chansons et de danses folkloriques, dont les traces subsistent bien sûr dans sa sonate pour violon seul.

Il fut bien sûr troublant, après mes transcriptions de sonates de Scarlatti, précédées elles-mêmes de l’enregistrement de l’intégrale des sonates et partitas de Bach, de retrouver ce dernier en tant que transcripteur pour entre autres ajouter une quatrième fugue pour violon seul aux trois autres conçues par lui pour l’instrument. Le plaisir que j’ai désormais à l’interpréter ne fait que me conforter dans ma conviction - que Bach comme Bartók partagèrent avec tant de génie - quand aux possibilités polyphoniques du violon qui trop longtemps dans son histoire furent laissées de côté.

Tedi Papavrami

 
Nous avons 63 invités en ligne
AccueilSur TediEcrits de Tedi /  Bela Bartok et Bach pour violon seul
Enregistrement
Site Officiel © 2017. Tedi Papavrami.
LOGO-WICFOND-NOIR

Zephir-2010 © Web Informatique Créative

Enregistrement

*
*
*
*
*

Les champs marqués d'un (*) sont obligatoires.