Tedi

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Entretien avec Tedi Papavrami PDF Imprimer Envoyer

Par Pierre JAQUET - 1er mai 2009

Un violoniste, virtuose des sons et des mots, et désormais chez lui dans la Cité du bout du lac, va se produire avec l’Orchestre de chambre de Genève. Violoniste précoce, né en Albanie en 1971, Tedi Papavrami effectue ses premiers concerts avec l’Orchestre Philharmonique de Tirana, à l’âge de huit ans ; il est ensuite invité en France en 1982, où il suivra les cours de Pierre Amoyal à Paris. Ses premiers prix lui permettent de débuter une carrière internationale. Son large répertoire va de la musique de chambre aux compositions orchestrales. En parallèle à sa carrière avec l’archet, il a fait une incursion dans le monde du cinéma, et il est le traducteur attitré de l’écrivain Ismail Kadaré.

Vous êtes né en Albanie et, à 11 ans, vous êtes parti étudier à Paris. Comment s’est fait ce passage ?

Ce passage a été psychologiquement difficile. En 1982, l’Albanie, c’était un pays d’un autre temps, fermé sur lui-même. En France, il a fallu m’habituer au bruit, aux voitures, à un rythme haletant...
Sur le plan musical, dans les cours que j’avais suivis, on s’arrêtait aux romantiques. Pendant la période où l’Albanie était liée à l’Union soviétique, on avait eu accès à Prokofiev ou Chostakovitch. Mais quand il y a eu la rupture avec Moscou, tout ça a été fini ! Le vingtième siècle – même des compositeurs comme Debussy ou Ravel – appartenait à l’inconnu ou au largement méconnu.

 Et aujourd’hui ?

Je retourne dans mon pays pour jouer, mais pas très souvent. Là-bas, les choses ne sont pas faciles pour les artistes. Depuis la chute du communisme, beaucoup d’interprètes sont partis, attirés par de meilleurs salaires à l’Ouest. Sur place, beaucoup de musiciens d’orchestre ont besoin d’avoir une deuxième profession pour survivre. La qualité doit aussi s’améliorer. Mais j’ai l’impression que, depuis un ou deux ans, les choses vont mieux. On m’a invité plus souvent, moi qui vit à l’étranger ; cela veut dire que les budgets deviennent un peu plus importants.

 Vous avez collaboré à une adaptation filmographique des Liaisons dangereuses, dans lequel vous étiez un Danceny violoniste aux côtés de Catherine Deneuve, Danielle Darrieux, Rupert Everett et Nastassia Kinski. Parlez-nous de cette expérience.
Je n’avais pas grand-chose à perdre ! C’était une aventure, une découverte. J’ai beaucoup aimé cette expérience. Mais il y avait aussi un aspect perturbant : la musique est une chose qui se prépare, c’est comme cela que j’ai l’habitude de travailler ; et dans un concert je suis au clair sur ce que je dois faire. A ce moment-là, j’étais avec des gens plus expérimentés. Il était difficile pour moi de me retrouver à la place de l’amateur, mais, je le répète, cette expérience m’a plu !

Parallèlement à vos activités de musicien, vous êtes, depuis l’an 2000, le traducteur officiel de l’écrivain albanais Ismail Kadaré. Pour quelles raisons ?
Cela a été le fruit du hasard, Je connaissais Kadaré et je savais qu’il cherchait un nouveau traducteur, car le sien se faisait âgé. J’étais en vacances et je disposais de temps. Je me suis amusé à traduire une nouvelle que je lui ai envoyée. Sur les conseils de son éditeur, il m’a engagé...J’ai de la chance : on s’adapte à mon rythme. Je dois traduire deux ouvrages dans l’année à venir. Kadaré m’envoie son texte par parties, alors que l’ensemble n’est pas encore achevé. Même s’il y a des retouches à effectuer, c’est une manière de travailler qui me convient.
Pour moi, traduire, c’est un jeu, une activité intellectuelle différente de la musique. On ne fatigue pas son corps. C’est une autre façon de « lire » et d’« interpréter ».

Comme professeur, quel est le principal conseil que vous donnez aux jeunes ?
Ecouter ! Trop souvent les gens ne s’étendent pas. Bien entendu, il faut être attentif aux autres et jouer juste. Mais ce n’est pas tout. La principale entrave, c’est de ne pas se rendre compte de ses crispations, de son trop petit éventail, ou de ses fautes. Tout est là. Le reste suit !

Vous vous êtes installé à Genève. Comment percevez-vous la vie en Suisse ?
Cela a changé au fil du temps. Ma femme vient du Canton de Vaud et a fini ses études de médecine à Genève. Lors de mes premières visites, je trouvais tout ça irréel. Je trouvais le lieu incroyablement privilégié, aseptisé. Peu à peu je me suis fait des amis, des relations de travail et j’ai eu de plus en plus l’impression de me sentir chez moi.
Paris a compté pour moi. Mais j’avais un sentiment de mal-être. C’était une ville trop grande. A Genève, j’ai retrouvé un contact avec la nature que j’avais perdu en quittant l’Albanie. L’atmosphère de calme m’inspire. Mais à côté, je trouve aussi une vie culturelle riche, des musées, des opéras, des expositions...
Par Pierre JAQUET - 1er mai 2009

 
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