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Le violoniste gravit Ysaÿe en solitaire PDF Imprimer Envoyer

foto darticle-le violonist gravitLe violoniste gravit Ysaÿe en solitaire

Tedi Papavrami sort une vertigineuse intégrale
des six Sonates pour violon
seul du compositeur
belge. L’ascension du
monument virtuose a déjà
reçu deux prix,
avant même sa parution.
Rencontre avec
un musicien insatiable
Par
Sylvie Bonier-Le Temps-Samedi 24 mai 2014

Tedi Papavrami, 43 ans, dans son salon avec Théo
du Riou de la Cale,
aristocratique braque allemand,
9 ans, abandonnique, nerveux,
sensible, drogué
aux câlins et
redoutable chasseur de chats.

 

 

 

Le regard droit assorti à sa chemise de lin vert kaki, la silhouette fine amincie par son pantalon noir et la respiration agitée par les escaliers qu’il a descendus en courant pour calmer l’accueil insistant de Théo: Tedi Papavrami reçoit ses invités avec une chaleur sincère, empreinte de retenue.

 Il faut grimper un bon étage de marches pour atteindre le refuge du violoniste. Un grand pupitre de bois règne en maître dans le salon. La partition du 2e Concerto pour violon de Bartók y patiente. Et Théo saute sur le fauteuil. Au plus près de son maître. «C’est un grand abandonnique. Son père était champion de chasse. Lui, a l’hypersensibilité des chiens de race.» Quelques caresses. Regard énamouré du Braque brun. L’ani­mal s’enroule pour dormir enfin. La paix est revenue sur la maison de Chêne-Bourg.

Entre deux déplacements et ses cours à la HEM de Genève, Tedi Papavrami trace sa voie sans pause. La ténacité et l’exigence comme bâtons d’appui. Le violo­niste s’attaque à des itinéraires musicaux ardus. La Sonate de Bar­tók, les six Sonates et Partitas de Bach, des transcriptions person­nelles pour violon de Sonates pour clavier de Scarlatti, les 24 Caprices de Paganini, la Sonate de Proko­fiev, et actuellement les six vertigi­neuses Sonates d’Eugène Ysaÿe: le risque en solitaire ne l’effraie pas.

L’interprète domine le risque musical avec la facilité des hyper­doués et des grands travailleurs. Ce qui ne l’empêche pas de pratiquer régulièrement le répertoire concertant ou la musique de chambre. Tout en continuant à assumer le rôle de traducteur officiel d’Ismail Kadare. Tedi Papavrami explore tout sans relâche. Il ne se s’arrête jamais. Et il avance à découvert.

Après sa poignante biographie Fugue pour violon seul assortie de 6 cd de pièces en solo (dont certai­nes sont audibles grâce à des flash codes en fin de chapitres), le musicien ne s’est pas reposé sur ses lau­riers. Il vient de partir présenter la traduction albanaise de son livre dans son pays natal. A son retour à Genève, difficile de reprendre pied.

La sortie de son dernier enregistrement des pièces d’Ysaÿe et les émotions du voyage s’ajoutent au bonheur de savoir que le dou­ble album a reçu un «Choc de Classica Répertoire» et un «Diapason d’or» avant sa parution. La nuit a été blanche. Le musicien a pour­tant rejoint son port: sa petite maison de Chêne-Bourg, si ac­cueillante. Ses chiens, fidèles com­pagnons de travail et de course à pied, qui lui ont fait la fête. Il a retrouvé son épouse et son uni­vers. Mais dans sa tête, souvenirs et émotions se bousculent.

Le Temps: Enfant prodige parti étudier à 11 ans en France, vous aviez fui l’Albanie avec vos parents pendant le régime d’Enver Hoxha. Le gouvernement avait alors infligé des représailles aux membres de votre famille restés au pays. Comment s’est passé ce retour aux sources?

Tedi Papavrami: Je ne sais plus très bien où je suis, ni qui je suis. J’ai parlé durant une semaine en albanais à raison de huit inter­views quotidiennes, et donné deux concerts avec les six Sonates et Partitas de Bach. J’ai été happé par les gens et les événements. A la limite de la dévoration... Cela m’a à la fois vidé et rempli de sentiments très forts. Découvrir mon portrait accroché à l’entrée de l’Opéra, sur un support de 10 mètres sur 6, et être accueilli comme une star de rock tout en arrivant à faire apprécier Bach à des personnes qui viennent en foule, c’est très enrichissant mais ça demande une énergie énorme. Je suis étonné par les possibilités et la désorganisation de ce petit pays. La télévision propose, à une heure de grande écoute, une émission où je joue un pro­gramme austère. Le public en redemande. On prolonge en direct au débotté, d’une demi- heure. C’est incroyable! Mainte­nant que je suis rentré, après avoir recommencé à penser et à rêver dans ma langue natale là-bas, je dois me réadapter à ma vie d’ici. Pour la première fois, les deux univers que je tenais à dis­tance l’un de l’autre, de façon quasiment hermétique, se rejoi­gnent. C’est très troublant.

Le sport en salle et la course à pied, que vous pratiquez assidû­ment, sont importants pour votre équilibre. Ont-ils un effet direct sur votre jeu?

Certainement. En plus de faire tomber les crispations et les tensions, la course ouvre et approfondit la respiration. Ce qui est très important pour bien jouer. Je vais dans la nature avec mes chiens. Rien ne résiste à ça. Il n’y a pas de meilleur calmant. La conscience de son corps permet une maîtrise et une liberté ac­crues de l’archet notamment, grâce au juste positionnement du corps et du violon par rapport au bras droit. Ce sont des questions de posture, qu’on expérimente beaucoup dans la pratique sportive.

Après l’Annapurna violonistique des six Sonates et Partitas de Bach, pourquoi et comment avez- vous abordé celles d’Ysaÿe?

Un peu par curiosité. Je jouais deux des plus connues, et ai eu envie de connaître les autres. J’avoue que j’avais un léger a priori de virtuosité facile, de musique décousue. J’ai été totale­ment saisi par la richesse de l’écriture, qui dépasse de loin le brio démonstratif auquel on associe souvent Ysaÿe. Comme violoniste, il a développé de façon exceptionnelle la capacité d’ex­plorer et d’élargir les limites de l’instrument. Il arrive à donner une dimension de musique de chambre voire parfois orchestrale au violon. Par des extrêmes de sonorités et des procédés techni­ques très fouillés. Ses annota­tions, notamment dans les 10 Préludes, sont très intéressantes. Il y décortique et analyse chaque détail, pour chaque exercice en intervalles.

Quelles différences ou similitudes voyez-vous avec Bach ou Paganini, autres maîtres de la virtuosité au violon ?

Bach reste le plus difficile parce qu’on ne peut absolument pas tricher avec lui. Il va tout de suite à l’essentiel. La technique d’Ysayë est ultra-fluide. Il a porté l’art du violon sur des territoires qui n’appartiennent qu’à lui. Mais dans ses pièces solistiques, il est plus facile d’ébouriffer le public à défaut d’être musical. Bien qu’extrêmement virtuose, l’écriture d’Ysaÿe est bien plus «violonistique» que celle de Paganini. Il y a moins d’entraves, de résistance, que chez l’Italien. Le jeu est plus coulant. Peut -être parce qu’Ysaÿe envisageait ses sonates pour le   concert, contrairement à Paganini dans ses Caprices.

Vous jouez avec un diapason plutôt bas. Est- ce par souci «baroquisant»?

Non, c’est parce que j’aime quand  le son est plus rond, plus profond  et plus résonnant. Plus on monte,  plus la vibration est rapide. Ce n’est pas un postulat, mais une préférence intuitive, selon le répertoire. Je joue Bach à 440 et Ysaÿe à 442 environ. Il n’y a pas une grande différence, mais je suis plus à mon aise. Quant au jeu, je me rapproche assez, dans Bach, de l’interprétation ancienne, dans les résonances l’articulation, l’aspect dansant, et le vibrato raisonnable, qui est là pour accompagner l’archet et qui doit avoir un sens. En revanche le prétexte baroque pour jouer parfois de manière décousue et pas toujours juste, façon «Fête au village», ne me convient pas. Bach avait une très bonne oreille, je pense, et son propos ne manque pas de structure...

L’écriture littéraire et les trans­criptions musicales vous motivent-elle toujours autant ?

Je n’ai pas eu beaucoup de temps ces derniers mois... Actuellement je traduis une nouvelle d’un cycle de trois, d’Ismail Kadare. Et j’ai, très envie de m’atteler à une transcription de pièces pour orgue de Bach. Bach est magique!

Enregistrer, est-ce une nécessité ou une obligation? Une douleur ou un plaisir?

Les aventures discographiques sont toujours stimulantes. Les projets avec orchestre ou en musique de chambre me réjouis­sent. Pour ce qui est du répertoire pour violon seul, c’est une véritable nécessité personnelle. Eprou­vante, mais magnifique. Le besoin, vaniteux peut-être de laisser une trace. J’ai été tellement enrichi par le témoignage discographique de musiciens qu’il me serait impossible de l’ignorer. Jusqu’à présent, j’ai moi-même financé à perte tous mes disques en solo. Ce qui m’a permis une réel liberté de choix. Les récom­penses annoncées représentent une reconnaissance qui me tou­che particulièrement. Et le bon­heur d’avoir ses propres disques est unique.

Suivez-vous les dédicaces à des violonistes, et les titres des mouvements de chaque Sonate d’Ysaÿe ou vous en libérez-vous?

Je suis très respectueux des indi­cations. Les titres m’inspirent plutôt qu’ils ne me contraignent. Dans la 5e, par exemple, «l’Aurore» éveille chez moi tout un imaginaire. Et je cherche des sonorités énigmatiques et des vibrations qui tournent autour de la brume, de l’eau, des oiseaux, du frémissement.

 
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